"Les verres sur la tablette d'en haut! "




Cette gentille dame toute menue,
aux cheveux blancs lisses,
appelait son mari "Monsieur"
et ainsi chacun de ses fils,
pour elle c'était le mieux!




(Martha Sénécal et Alfred Poisson,
50 an de mariage,
9 Juin 1958)



Si avec son mari,
elle était si polie,
c'était peut-être son éducation,
mais les dimanches après-midi
elle nous racontait parfois
avoir fait "mariage de raison"
sans connaître monsieur le forgeron,
ses parents ne lui donnant pas
le "choix"!



Dans les grands froids sibériens de l'hiver
lorsque les dimanches, nous arrivions,
souvent elle nettoyait le perron
vêtue d'un bien simple gilet ouvert!



Dans la pièce du grenier nous allions parfois,
plaisir de voir le gramophone mystérieux,
la poupée noire,
et l'autre, l'ancienne à la belle robe d'autrefois,
petits enfants devenus sérieux
devant tant de merveilles à voir!



Dans le salon sombre
avec miroir, patère,
il y avait un grand bonhomme
sculpté,
appuyé au mur près de
l'horloge grand-père,
vedette de comiques de
journaux du passé,
vestige d'un oncle depuis
longtemps enterré.


Dans cette maison, la vedette
était un piano droit
à pattes de lion
Grand-père nous jouait souvent
"Le beau Danube bleu"
c'était le morceau préféré de
la maison,
qu'il nous jouait avec passion.

 


Souvent ,grand-mère faisait des cadeaux
à ses belles-filles, leur glissant quelque argent
Mais en cachette de son mari!
Quand ils regardaient la télé,
nouvelle invention de ce temps,
ils portaient leurs meilleurs vêtements,
s'imaginant être vu aussi par les gens
de ce petit écran de vie!

Elle aimait la terre, les fleurs,
son immense potager,
amour dont nous avons tous
hérité.
Dans son "tambour"*elle
cultivait les géraniums éblouissants,
et les dahlias plein le jardin,
mes soeurs allaient souvent y fouiner,
revenant avec queues d'échalotes
plein les mains.

Les hautes armoires de cuisine touchaient
le plafond,
mais pourquoi ses verres étaient-ils
si hauts?

Elle grimpait sur une chaise de cuisine,
puis sur le comptoir, près du lavabo,
elle nous donnait vraiment des émotions!

 

Martha l'acrobate, petite femme du passé,

qui a laissé derrière elle

le souvenir fané

d'une époque différente, mais belle,

où les gens savaient encore se parler...

 

 

"Martha l'acrobate"

de Gilles Poisson (collection
privée) .

Un gros "merci" à Gilles dont le tableau
a inspiré ce poème

et qui m'a permis de l'illustrer
si magnifiquement!


*Le tambour était le nom donné aux
"solariums" , pièces d'été, d'autrefois.

Poème de:

Nicole Sénécal

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